Hélice de bateau en CFD : poussée et cavitation Hélice de bateau B3-50 : le régime pour la poussée voulue Carène de dirigeable à portance dans Heliciel

Résistance à l'avancement d'une carène de bateau : composantes, nombre de Froude et calcul

La résistance à l'avancement d'une carène de bateau est la force, en newtons, qui s'oppose à sa route : l'hélice devra fournir une poussée égale pour tenir la vitesse visée. Nous la décomposons en résistance visqueuse, résistance de vagues et résistance aérodynamique. Le nombre de Froude, Fn = V/√(g·Lf), nous dit laquelle domine, selon que le navire se traîne, navigue dans sa vague ou plane.

Photo de rides régulières à la surface de l'eau

Les rides d'un plan d'eau : la coque d'un navire en dessine un système, et chaque crête emporte de l'énergie.

Au sommaire :

1 : Résistance de frottement, de vagues et aérodynamique d'une coque

La résistance à l'avancement pourrait se mesurer en remorquant le navire. Or on ne remorque pas un navire qui n'est pas encore construit. Il faut donc une méthode pratique, accessible au dessinateur et au constructeur, qui donne des éléments concrets pour dimensionner l'appareil propulsif.

Il est commode de décomposer la résistance hydrodynamique totale, Rh, en trois parts :

  1. la résistance visqueuse (Rv), qui se compose de la résistance de frottement, liée à la surface mouillée et à sa rugosité, et de la résistance de pression, liée à la forme de la carène et aux remous qu'elle génère ;
  2. la résistance de vagues (Rw), qui dépend de la vitesse du navire et de sa longueur ;
  3. la résistance aérodynamique (Ra) des superstructures exposées au vent, que nous considérons ici comme négligeable.

Cette idée d'étudier séparément les trois résistances revient à Froude. La séparation est discutable, car les composantes interagissent : une vague le long de la carène modifie la surface mouillée, donc le frottement. Mais si nous évaluons cette interaction en distinguant les régimes de vagues, elle donne des résultats exploitables pour dessiner les carènes.

2 : Formule du nombre de Froude et longueur d'onde des vagues

La longueur L entre deux crêtes d'une vague (en mètres) et sa vitesse V (en mètres par seconde) sont liées par :

V / √(9,81 × L) = 0,4, soit L = (V/0,4)² / 9,81, ou encore L = (2π / 9,81) × V²

Schéma d'une vague de longueur d'onde L et de hauteur H, qui avance à la vitesse V

Une vague de longueur d'onde L (crête à crête), de hauteur H (creux à crête), qui avance à la vitesse V.

L'énergie contenue dans une vague s'écrit E = (1/8) × ρ × 9,81 × H² × L, avec ρ la masse volumique de l'eau en kg/m³, H et L en mètres, pour chaque mètre de largeur de crête. Elle permet d'estimer l'énergie absorbée par des vagues observées.

Les vagues créées par le navire avancent à sa vitesse. En remplaçant V par la vitesse du bateau dans la relation précédente, nous obtenons la distance L entre deux crêtes des vagues qu'il produit. Si nous remplaçons ensuite L par la longueur de flottaison Lf, Froude en déduit le nombre qui mesure l'effet des vagues sur la résistance : le nombre de Froude, Fn = V / √(9,81 × Lf), avec V la vitesse du bateau en m/s et Lf la longueur de flottaison en m. Il nous renseigne sur la forme des vagues qui accompagnent le navire.

La figure suivante place le régime de vagues et la résistance spécifique Rh/Δ en fonction de Fn, pour plusieurs types de navires. Δ est le déplacement, soit 9,81 × masse volumique × volume immergé, en newtons.

Courbe de la résistance spécifique Rh/Δ multipliée par 1000 en fonction du nombre de Froude de 0,1 à 2, avec les types de navires, des pétroliers aux coques planantes, et le rapport entre la longueur d'onde L et la longueur de flottaison Lf

Résistance spécifique Rh/Δ en fonction de Fn. Plus le navire est rapide et léger, plus Rh/Δ est élevée : des pétroliers (Fn faible) aux coques planantes (Fn supérieur à 0,7, L > 3 Lf).

3 : Résistance de vagues d'un bateau selon la vitesse (Fn)

Fn inférieur à 0,4. La longueur d'onde L reste inférieure à la longueur de flottaison Lf.

Carène verte sur une vague plus courte que sa longueur de flottaison, Fn inférieur à 0,4 et L inférieur à Lf

Fn < 0,4 : plusieurs crêtes longent la coque, la longueur d'onde L est plus courte que Lf.

Aux faibles nombres de Froude, inférieurs à 0,26, au moins trois crêtes de faible hauteur longent le bateau. La résistance de vagues est peu importante, et le frottement représente de 70 à 90 % de la résistance à l'avancement (valeurs de l'auteur du document source). Au-delà de 0,26, la résistance de vagues augmente, et l'interaction entre la vague d'étrave et la vague d'arrière joue un rôle significatif. Elle ajoute ou retranche de la hauteur de crête. Voyons-la de près.

Le navire engendre deux trains de vagues : les vagues d'étrave, qui naissent à l'étrave, et les vagues d'arrière, créées par l'aspiration de l'eau à l'arrière, qui naissent à l'arrière et commencent par un creux. Comme l'énergie d'une vague croît avec le carré de sa hauteur, la résistance de vagues est d'autant plus forte que le système de vagues présente des creux profonds. Quand les vagues se cumulent, la résistance monte ; quand elles s'annulent, elle baisse. Elle présente donc des pics et des creux.

Deux coques avec leurs vagues d'étrave et d'arrière : Lf égale 3 fois L/2 pour Fn égal 0,301, et Lf égale 2 fois L pour Fn égal 0,266

Deux cas d'interaction : Lf = 3 × L/2 (Fn = 0,301, résistance maximale) et Lf = 2 × L (Fn = 0,266, résistance minimale).

Ces cas remarquables correspondent à une série de nombres de Froude, que les deux figures suivantes situent sur la forme de la vague et sur la courbe de résistance de vagues. Elles sont issues du document source de l'auteur : la relation simple de la section précédente donnerait des valeurs voisines (Fn de 0,28 pour Lf = 2 L et de 0,33 pour Lf = 3 L/2), mais pas identiques.

Profils de la vague le long de la coque pour Fn égal 0,301, 0,357 et 0,461, avec la position de la première crête

Le profil de la vague le long de la coque pour Fn = 0,301, 0,357 et 0,461, avec la position de la première crête repérée à droite.

Courbe de la résistance de vagues en fonction de la vitesse, avec des bosses pour Fn égal 0,241, 0,301 et 0,461 et des creux pour 0,266 et 0,357

La résistance de vagues en fonction de la vitesse : bosses à Fn = 0,241, 0,301 et 0,461, creux à 0,266 et 0,357.

Fn égal à 0,4. La longueur d'onde est égale à la longueur de la carène, et la vague d'arrière est annulée par la vague d'étrave. C'est la vitesse limite théorique pour laquelle la carène a été dessinée. Le navire navigue dans sa vague : une crête à l'avant, une crête à l'arrière, le creux au milieu. Au-delà, la résistance de vagues augmente fortement.

Carène verte dans une vague dont la longueur L égale la longueur de flottaison Lf, Fn égal 0,4

Fn = 0,4 : L = Lf, une crête à chaque extrémité et un creux au milieu.

Fn entre 0,4 et 0,5. Le navire remonte sur sa crête d'étrave, tandis que le creux se rapproche de l'arrière. La carène bascule, et un angle α apparaît. C'est la situation la plus défavorable. Selon l'auteur, la résistance de vagues peut y atteindre 85 % de la résistance totale, et la courbe monte en flèche jusqu'à un maximum vers Fn = 0,461. L'angle augmente en outre la surface frontale du navire.

Carène inclinée d'un angle alpha sur sa crête d'étrave, Fn supérieur à 0,4 et L supérieur à Lf

Fn > 0,4 : la coque monte sur sa crête d'étrave et prend un angle α.

Fn supérieur à 0,5. Le navire se trouve sur la crête de la vague d'étrave et dégage son avant, en retrouvant une position horizontale. C'est le domaine des coques planantes des navires légers. Une surface plate à l'arrière prend appui sur la vague sans l'enfoncer, pour tenir le maximum de coque hors de l'eau. La résistance de vagues diminue fortement. Le régime planant franc commence vers Fn = 0,7, quand la longueur d'onde dépasse trois fois Lf.

Carène plate posée sur la vague d'étrave, Fn supérieur à 0,7 et L supérieur à 3 Lf

Fn > 0,7 : la coque plane sur sa vague, L > 3 Lf.

4 : Comment calculer la résistance d'une carène avec Heliciel

Considérons un plan d'eau calme et infini, sans résistance aérodynamique. La méthode globale suit ces étapes :

Dans Heliciel
La fenêtre Vagues de navire (Michell / Kelvin), ouverte par le menu Édition/Outils > Hydrodynamique, est la seule fenêtre de résistance de carène. Heliciel y calcule le champ de vagues et la résistance de vagues par la théorie de Michell. Son onglet Traînée donne ensuite la résistance totale, avec la méthode choisie selon le type de navire : ITTC générique, Holtrop & Mennen pour une carène à déplacement, Savitsky pour une carène planante. La carène se charge depuis un fichier, ou se déclare à partir d'une fiche technique.

Pour aller plus loin, nous pouvons suivre le didacticiel Vagues de navire et traînée de carène, étudier les performances d'une coque, ou voir comment la poussée obtenue sert à dimensionner une hélice de bateau.